08.02.2010
Come and drink

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07.02.2010
I need a girlfriend
J'ai besoin d'une copine. Sérieusement.
D'abord, il faut que je baise. Dans six mois, mon corps entamera un irrémédiable processus de décrépitude et de vieillissement qui touche tous ceux dont l'âge passe un certain cap. Donc : six mois pour baiser. Si je passe ma pure jeunesse à me branler, il manquera des briques dans mon mur d'expériences. Quant à la baise avant l'amour, c'est logique, car si la baise est le flamboiement de l'instant présent, l'amour est une construction lente qui doit s'édifier avec la même patience qu'un ballet de joueurs de mikado. La brique était là avant le mur...
Vous vous souvenez d'elle ? Vous savez, dans mon autre billet... Elle. La bibliothèque, etc. Eh bien, je voulais être avec elle. Je la voyais, parfois seul à seule, parfois non. Elle était mutine, mignonne, déguingandée, juste ce qu'il fallait pour se distinguer avec style. Certes, je devais parfois chercher mes mots lorsqu'on discutait, mais qui peut se vanter d'avoir une conversation qui file entièrement toute seule comme un drone ?
Pas elle, sans doute, mais c'est bien à elle que je pense. Depuis, nous avons passé huit jours plus ou moins ensemble, à se voir matin et soir, irrégulièrement mais toujours proches. Ce que j'y voyais de façon latente s'est matérialisé au-delà de ce que je pensais. Autrement dit : à la voir de trop loin, je crois que je l'ai quelque peu idéalisée. La chute est rude, pas pour moi mais pour elle. A sa façon de parler, de papillonner d'un groupe et d'un type à l'autre, à son habillement dans certaines situations (qui possèdent leur lot de contraintes techniques, je ne parle pas de morale et de minijupe, on n'est pas là pour ça)... J'ai eu sa façon d'être pendant huit jours sous les yeux. Elle me donne l'impression d'être constamment hors d'elle-même, devant elle-même, comme pour se fuir. Son esprit semble fonctionner de la même façon qu'une vis de foreuse, toujours devant son moteur et optimalement détachable. C'est une petite foreuse. Car au fond, dans la cabine de pilotage de la machine, il y a une petite fille qui n'a jamais grandi. Son exubérance est une fuite en avant. Mais petite.
Bien sûr, je pourrais essayer une aventure. Tenter quelque chose pour la baiser et puis c'est tout. Qu'on pose un peu les masques : tout le monde veut baiser, la vraie question c'est comment on baise, comment on va jusqu'au bout, au moins avec untel ou unetel ? Aux chiottes les féministes mal baisées, aux chiottes les soraliens qui ne pensent qu'à leur bite et à celle des juifs ! Féministe et soraliste, le couple de contraires le plus navrant qu'on ait jamais vu ! Mais revenons à elle... Je ne sais pas trop comment gérer sa façon d'être, ou alors si, mais je crois que cela demanderait pas mal d'efforts pour un résultat trop petit. Son exubérance, son style m'avaient attiré, de près je vois qu'ils ne s'accrochent pas. Pour gérer une relation avec elle, au moins pour la baise, il faudrait que je me métamorphose en assistant social et en masque multidirectionnel. Ce serait difficile et ennuyeux. En arrivant au bout, je me dirais : tout ça pour ça ?
J'ai envie d'une vraie copine. Pas seulement un trou mais aussi tout ce qu'il y a autour. Une fille avec une certaine finesse, assez extravertie pour me relancer sans que cela soit à moi de tout faire (j'ai horreur de ça), à la fois large de respect des initiatives et un peu maternelle sur les bords. Une fille aussi habile à l'enrichissement organique qu'à recevoir des confidences. Une complice physique et mentale. Quelqu'un à qui je puisse parler de vérité et d'absolu, et qui le comprenne autant avec son vagin qu'avec son cerveau. Je ne crois pas à la vérité si on ne porte pas ses tripes vers elle.
Là, je crois que les antifas se rapprocheraient : j'exige l'impossible... et les réacs standards, habitués aux billets foireux sur les dernières peccadilles de tel ou tel politique, de sortir leur petit mouchoir brodé pour verser une larme à la baisse du niveau de ce blog, où on se met à parler de cul plutôt que d'histoire européenne. Moi, je crois que les deux sont liés. Tout est en tout. La vérité est dans les faits et pas dans la bouche des gens. Le fait dont je parle ici, c'est un sentiment. Une envie de sensualité, plus que de sexe. Avant, j'avais un feu sacré dans l'estomac, simple et clair, doux et sage. J'étais nietzschéen parce qu'il fallait jeter des braises, cartésien pour avoir du bois. Maintenant ça se renverse. Et ça gicle partout, même ici. Plus je vois de gens ensemble, en vrai ou pour des conneries, plus je sens mon coeur brûler nuit après nuit. Diogène ne devait pas être un grand sensuel pour se satisfaire d'une simple branlette quotidienne. M'étonne pas qu'il soit devenu une référence chez certains stoïciens, de préférence ceux qui jouissaient de voir des concepts dans un beau ciel d'idées, infoutus d'analyser la chute de leur propre empire...
J'ai besoin d'une copine. Mais d'une vraie. J'ai envie de gloser, de discuter dans des draps humides jusqu'à trois heures du matin. Mes idées ne sont pas du tout prêtes à être livrées sérieusement, sauf à une copine. Jusqu'ici, il n'y a que mon esprit et mon clavier, c'est-à-dire son extension cybernétique, qui les reçoivent. Tout est encore en puissance. Je suis un pain qui dort dans un four et j'en ai marre que ma bouche se retienne de dire "kiffer" ou "vénère" parce que tout le monde le dit tout le temps. Autre chose lui ferait du bien, et je ne suis pas du genre à parler tout seul, ma petite machinerie intérieure m'occupant déjà très bien.
Un pote m'a filé un plan pour des nanas de quarante ans... Je crois que je vais tenter le coup. Même si on en reste au sexe, ce sera déjà un jalon essentiel, tant pour un mec normal que pour un empiriste qui se respecte, et puis je suis sûr qu'une femme de quarante ans aura assez de finesse pour comprendre certaines choses qui n'intéressent personne à vingt ans (à part moi, évidemment). Du reste, même connasse, une quadra aura assez de consistance pour constituer un lot intéressant, avant et après.
Vingt, quarante... ce sont des chiffres. Dans la vraie vie ce sont des expériences. Les tenter, c'est aller sur la corde, les réussir c'est réfuter une part de soi-même. La fleur réfute le bourgeon, l'acte consume la puissance. Par chance, je ne suis ni une fleur ni un absolu ; juste un type qui peut laisser des traces.
Et baiser.
You've got a pussy,
I've got a dick
So what's the problem ?
Let's do it quick !
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18.01.2010
Elle
Ce matin, je me fraye un passage à vélo entre des voitures qui avancent lentement. Feux rouges, beaucoup de monde, ça bloque. Moi, je n'ai pas de temps à perdre : mes examens commencent demain. Dernière journée de révision, dernière ligne droite.
Je passe en trombe dans un espace libre, entre deux voitures et une camionette. La silhouette d'un mec apparaît brusquement devant moi. J'empoigne le frein droit, fais un écart sur la gauche. Il ne recule même pas, j'ai failli le renverser. "Vas-y, regarde toi !" Sauf que c'est lui le piéton, et que le feu est vert pour moi. C'est à lui de regarder. Je fais bondir mon vélo sur la droite, sur le trottoir, et dans le feu de l'action je fais un beau doigt d'honneur au mec indélicat. Baggy, veste fashion, le type commence à pousser des cris et essaye de me courir après. Cours, Forest ! Tu te fatigueras avant moi.
Un peu plus haut, je pose mon vélo. Le type a disparu depuis longtemps. Echauffé par l'effort physique du matin, je me dirige vers le bâtiment imposant de la bibliothèque, présente ma carte au vigile à l'entrée. Normal. J'arrive en haut, dans la salle d'étude, quand je la vois.
Elle.
Nos regards se croisent. Un quart de seconde, mais je vois le sien comme je ne l'avais jamais vu. Large, profond, deux énormes paraboles bleues. Elle m'a vu. Je regarde le portique, passe le tourniquet, je la regarde à nouveau. Elle s'est mise debout, fuyante mais les yeux toujours dardés sur moi. J'hésite. Mon passé me revient à la gueule : pourquoi ce matin ? Je vais demander un livre à la bibliothécaire assise non loin de là. Je tourne la tête vers elle, furtivement. Elle aussi. Ses yeux me renvoient les miens. Nous jouons au ping-pong des regards. La bibliothécaire enregistre ma demande, je me dirige vers les tables où les gens étudient. Vers elle. Je vais la voir ou pas ? Oui, évidemment. Quelle que soit la manière dont elle réagira, ce serait lâche de ne pas le faire.
Nous n'avons pas besoin de mots pour nous saluer. Deux bises denses sur la joue. Je sens sa fraîcheur. Peut-être est-ce la mienne qu'elle me renvoie. Peut-être pas. Elle s'est laissée pousser les cheveux : une vague ondulée a remplacé son ancienne coiffure à la Jeanne d'Arc.
- Ca va ?
Passons sur la conversation. Ce fut commun, même si chaque mot semblait revêtir une densité particulière. Elle est en retard sur ses examens et a pas mal de boulot. Moi pareil. Je la laisse pour aller bosser de mon côté, sur une autre table.
Néanmoins mon esprit ne peut pas se concentrer. Le destin me tend une perche. Cela faisait des mois, depuis la dernière neige quasiment. Je ne peux pas rester comme ça alors qu'elle est là, pour la première fois, à dix mètres de moi, depuis tout ce temps. J'avais fini par l'oublier. Mais je ne peux pas. D'abord parce que la contingence des choses ne veut pas me laisser faire, ensuite parce qu'au fond je ne veux pas.
Je regarde les gens qui travaillent. Plus haut, les larges fenêtres laissent rentrer un ciel gris-bleu typique de l'hiver parisien. Sachant que je ne peux pas faire autre chose, que mon cours même ne peut pas être travaillé à ce moment, je laisse mes pensées se perdre en ratiocinations. Qu'est-ce que je lui dis ?
Après dix minutes de tergiversations mentales, je me lève. Avec ma carte, évidemment, histoire de prendre le livre que j'ai demandé. Deux choses en même temps. C'est mon côté parcimonieux. D'abord, je vais chercher le livre, car j'hésite un peu. Je suis dans le couloir où l'on prend les livres demandés : j'attends, et je la vois arriver, de l'autre côté. Sa nouvelle coupe met en valeur son visage mutin. En m'apercevant, elle me fait une ébauche de salut militaire avec un sourire espiègle.
Je saute sur l'occasion. Une fois que je lui pose des questions, il n'y en a plus pour moi. L'autre inverse le rapport en créant la solitude : l'enfer, c'est moi sans autrui, la rédemption c'est l'oubli de soi. Un oubli maladroit mais un oubli quand même. Parce qu'elle est là, et que ses yeux bleus percent trop fort ma peau.
Elle bosse, elle a un emploi du temps chargé, du sport après la bibli, mais je parviens quand même à l'inviter à prendre un verre après. Entre deux eaux, dans quelques heures. Super.
Maintenant, mon cours me tend enfin les bras.
Un quart d'heure avant le moment où nous avons dit que nous nous retrouverions, mon esprit recommence à ratiociner. Et si... ? Et si... ? J'ai déjà de la chance, on pourrait dire. Quand je suis allé la saluer, avec sa gêne intense - se mettre debout ou rester assise ? - à mon arrivée, je m'attendais aussi bien à ce qu'elle me saute au cou qu'à me faire traiter de connard. J'ai toujours de la chance. Mais maintenant, c'est à moi de tout faire. Les circonstances m'ont ouvert la voie. A moi de la forer.
Nous avons un peu le même tempérament. Je ne sais pas si nous sommes vraiment complémentaires. Il y a une autre fille qui le serait plus : davantage exubérante, elle formerait une meilleure paire avec moi. Mais celle que je viens de revoir, après des mois de silence et d'oubli, je l'ai dans la peau. Enfin, je crois. Dommage que mon esprit ne soit doué que pour toucher des objets, fût-ce par centaines de milliers. Entre nous il y a un canal d'intimité, un canal qui s'est brusquement réouvert avant que je passe le portique de la salle d'étude, et qui peut-être, un jour, accueillera nos corps.
A l'heure dite, elle est toujours en train de travailler. Je lui tapote délicatement sur l'épaule. Une épaule frêle et douce. Elle se retourne. "Deux minutes", chuchote-t-elle. Je vais l'attendre en bas. Elle arrive plus vite que je ne l'avais prévu : finalement, je ne suis pas le seul à ratiociner, et pour cause, nous avons tous les deux la même attirance l'un pour l'autre ! Une attirance germinale dans les deux cas, mais une attirance qui a besoin d'un gros bouclier pour dormir dans son four...
Nous discutons en marchant. Rien que de très commun.
Je trouve des sujets de discussion. On parle de la fac, des gens qu'on connaît, de ce qu'elle a fait au réveillon. Rien ne s'est passé, je crois. Sauf à la fin. Quand je la laisse à son sport, où j'ai quand même fini par l'accompagner, vu qu'elle n'avait pas le temps pour un verre, je croise une copine à elle. Grande, assez quelconque, je ne me souviens même plus de son prénom. Mais son physique va bien avec la sport qu'elle pratique, alors je lui dis, en rigolant, qu'elle a le physique de l'emploi.
J'aime bien sortir des bons mots. Quand je suis de bonne humeur, je suis assez doué pour ça. Dommage que ça lui ait plu. Quand j'ai laissé celle que je connais à son sport, et qu'elle m'a dit au revoir, j'ai cru entendre une once d'ironie dans sa voix. C'est vrai que je ne lui ai jamais sorti beaucoup de bons mots, à elle. Et encore moins devant d'autres gens. L'attachement sans doute.
Les gens sont vraiment compliqués, les filles encore plus.
Enfin, nous devrions nous revoir d'ici là.
Une fois dehors, seul, mon esprit se remet à tourner en rond...
*
D'habitude, quand je pense à une belle fille, j'en fais une propédeutique du tirage de jonc.
Là, je n'ai même pas envie de me branler. Juste de la serrer dans mes bras et de sentir son parfum.
Je crois que c'est ça, l'amour. Quand une fille nous obsède alors qu'on n'a plus la trique, et même quand on s'est déjà vidé. L'amour, c'est ce qui peut flanquer la trique sans nous donner envie de nous astiquer le bambou.
PS : je sais que le titre de cette note a déjà été utilisé par xyr, mais je n'en trouve pas d'autre qui soit mieux.
16:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


